Rendre l'IA 10 % plus inconfortable
Plus on installe bien son IA, moins on la relit.
J'ai vu passer plusieurs fois la même idée ces dernières semaines : il ne faut pas déléguer son raisonnement à l'IA. Une conversation avec une IA, c'est top quand ça permet d'aller plus loin et de débloquer des choses. Il faut rester maître de l'échange et savoir où on va.
Je suis d'accord. Et ça m'a fait penser au confort, et surtout au fait que le confort endort l'attention.
Ces derniers mois, les outils d'IA sont passés de la conversation à la délégation. On leur donne un dossier, un objectif, et ils font le travail de bout en bout. C'est pratique. C'est confortable.
Au début, on se pose plein de questions. Est-ce que je peux lui faire confiance ? Jusqu'où je dois relire ? Qu'est-ce qu'elle a inventé ?
Et puis ça marche. À force, on ne relit plus trop.
Le plus ironique, c'est que c'est exactement ce qu'on cherche.
Une IA qui marche bien, ce n'est pas magique. Il faut des objectifs précis, des données propres et bien organisées, du contexte, une architecture pensée pour l'usage. Puis tester, évaluer, réajuster.
Tout ce travail sert à obtenir des résultats conformes à nos attentes. C'est cette qualité qui crée la confiance. Et c'est cette confiance qui nous rend confortables.
Mieux on bosse, plus on se relâche.
Dan Harris a appelé son podcast sur la méditation 10% Happier. Pas de promesse de transformation, juste un peu mieux, tous les jours.
J'aimerais faire pareil avec l'IA, dans l'autre sens : la rendre 10 % plus inconfortable. Une friction désirable. Juste assez pour se rappeler qu'on utilise un algorithme probabiliste, et qu'il faut relire ce qu'il produit.
Voici ce que j'ai l'habitude de faire :
- Je sais où je vais avant d'ouvrir la conversation. Souvent, mon plan est déjà fait.
- Je lui demande ce dont elle n'est pas sûre.
- Je reste dans ce que je connais. Si je ne peux pas juger la réponse, je ne vois pas l'erreur.
- Je garde des étapes où c'est moi qui relis, valide et décide. Même quand ça roule.
- Je continue à tester et à évaluer, régulièrement. Même modèle, résultats jamais identiques, dérives possibles.
Dans une équipe, tout ça devient collectif : qui relit quoi, où sont les étapes humaines, comment on évalue dans la durée.
L'IA va continuer à devenir plus confortable. Les 10 % d'inconfort, c'est à nous de les ajouter.